
Cathedral Cove à Coromandel
Les autorités ont tiré un trait sur un projet d’exploitation minière situé au beau milieu d’une zone protégée.
L’affaire couvait depuis le mois de mars et avait alors suscité l’émoi dans et hors des frontières de l’archipel. Le projet du Premier ministre John Key prévoyait l’exploitation minière de près de sept mille hectares de zones protégées qui comprenaient notamment l’île de Great Barrier, la péninsule de Coromandel et le parc national de Paparoa. L’association écologiste Forest & Bird s’était insurgée contre cette décision, invoquant de graves répercussions sur l’environnement mais aussi l’impact négatif qu’elle risquait d’avoir sur la scène internationale.
D’importantes manifestations ont été organisées. Elles ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes toutes hostiles à cette exploitation ainsi qu’à une modification législative sur le statut des zones protégées que voulait mettre en place M. Key. Ce dernier avait qualifié les actions de Forest & Bird d’ « alarmistes » et estimé qu’il y avait eu trop d’ « hystérie » dans les médias. Son ministre de l’Energie Gerry Brownlee avait quant à lui promis le classement en zones protégées de douze mille autres hectares en guise de compensation. Sauf que ces terres étaient « déjà en attente de protection depuis 2008 », rappelait l’ONG, et qu’elles n’attendaient plus qu’une officialisation de la décision. Cette mesure tombait au plus mauvais moment alors même que le gouvernement néo-zélandais lançait une grande campagne de promotion nationale nommée « 100% pure New-Zealand ». Et le maire d’Auckland John Banks de s’interroger : « Est-ce que vous vous imaginez en train de survoler la plus belle île du monde alors que des compagnies étrangères sont en train de la détruire sous vos yeux ? ».
Retour à la case départ
A force d’admonestations les autorités du pays ont néanmoins fini par reculer. M. Brownlee devrait en effet annoncer tout à l’heure le renoncement du gouvernement à l’intégralité de son projet de création de mines. L’ensemble des parcs nationaux du pays seront par ailleurs réellement protégés et la réforme législative initialement envisagée passera donc elle aussi à la trappe. La pression de la population était telle que le gouvernement de John Key a au bout du compte dû se résoudre à faire machine arrière. Celle de ses adversaires politiques a sans doute aussi eu une incidence. Le parti des Verts avait notamment considéré que le maintien de cette exploitation risquait de mettre à mal les promesses électorales du National Party au pouvoir, en plus d’entrer en contradiction flagrante avec le message « 100% pure New-Zealand ». Metiria Turei, co-leader des Verts, avait en outre prévenu que le gouvernement rentrerait « dans un conflit très dur » s’il persistait dans sa voie.
D’après les estimations gouvernementales les ressources minières de la Nouvelle-Zélande pourraient lui rapporter jusqu’à 140 milliards de dollars (108 milliards d’euros) mais leur exploitation dans des zones protégées pourrait bien causer plus de dommages écologiques que de profits financiers. Derrière cette bonne nouvelle, la méfiance doit toutefois rester de mise car d’autres projets seraient dans les cartons du gouvernement pour exploiter cette manne économique. M. Key aura toutefois appris une chose de cette affaire : le chemin vers l’exploitation des ressources des zones protégées est sans doute miné pour longtemps.


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