Le Parlement a affiché son unanimité pour approuver la restitution à la Nouvelle-Zélande des têtes maories conservées dans des musées français et veut faciliter, à l’avenir, la procédure de déclassement d’oeuvres réclamées par leur pays d’origine.
La proposition de loi en ce sens, à l’initiative des centristes, a déjà été adoptée, à l’unanimité, en juin 2009 au Sénat. Jeudi, à l’Assemblée, tous les groupes ont annoncé un vote positif et n’ont pas modifié le texte, qui sera donc définitivement adopté à l’issue du scrutin solennel programmé mardi.
Les 16 têtes maories que possèdent les musées français pourront être prochainement restituées à la Nouvelle-Zélande. Près de 500 têtes maories étaient réparties dans les musées de la planète et environ 300 ont déjà été restituées.
« Il s’agit de bien plus que de simples pièces de musée. Ce sont des restes humains de personnes parfois délibérément exécutées pour satisfaire un trafic exécrable », a indiqué Michèle Tabarot (UMP).
« Pour la première fois, la loi organise la sortie des collections des musées de France d’une catégorie entière d’éléments et non pas d’un objet déterminé », a souligné le ministre Henri de Raincourt (Relations avec le Parlement).
Déjà en 2002, au terme d’une longue bataille, le Parlement avait autorisé la restitution à l’Afrique du Sud des restes de la dépouille de la « Vénus hottentote ».
« Pour l’avenir, il est capital que nous nous dotions des moyens de prévenir et de régler en amont et de façon consensuelle les difficultés qui pourraient s’élever au-delà d’un cas particulier », a insisté le ministre.
Le texte prévoit donc aussi de « réactiver » la procédure de déclassement de collections classées « inaliénables » en droit français.
En premier lieu, la commission scientifique nationale des collections, mise en place en 2003 mais qui n’a jamais rendu d’avis sur la question, est modifiée. Son champ de compétence est élargi à l’ensemble des collections publiques. En outre, elle devra remettre un rapport sur le déclassement des oeuvres « dans un délai d’un an » à partir de la publication de la loi.
Pour Philippe Folliot (NC), « la procédure de déclassement a pour vocation de rester exceptionnelle et strictement encadrée », car « aucun d’entre nous ne pourrait songer à mettre en péril l’intégrité de notre patrimoine ».
Valérie Fourneyron (PS) a jugé que la question « dépassait les clivages politiques ». Depuis 2007, la ville de Rouen, sous l’impulsion de ses maires, Pierre Albertini (UDF) puis Mme Fourneyron, a bataillé pour restituer à Wellington la tête maorie entreposée dans son musée. Mais l’ex-ministre de la Culture Christine Albanel s’y était opposée.
« Il faut tordre le coup au fantasme de restitutions aspirant les collections des musées occidentaux », a fait valoir la maire de Rouen, selon laquelle « les critères » d’examen des demandes de restitution sont « pertinents et raisonnables » (demande officielle du pays d’origine portée par un peuple vivant dont les traditions perdurent, acquisition douteuse…).
Sources :
Copyright AFP – Agence France Presse
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